Mercredi 10 août 2011 3 10 /08 /Août /2011 09:26


La prononciation du nom de Jingle Ma est à chaque fois accompagné d'un sentiment d'effroi pour le spectateur. Le réalisateur représente en effet le pire de ce que peut produire l'industrie cinématographique hongkongaise. Yes man, metteur en scène impersonnel capable d'emballer tous les genres les plus opportunistes (allant des comédies romantiques au pire du cinéma d'action local), il était en effet plus qu'effrayant de voir le réalisateur s'associer au combo ultime: Jingle Ma + Wu xia pian mainland!


Il est mort le wu xia...

Depuis sa transformation en blockbuster suite au succès de films comme Tigre et Dragon d'Ang Lee, puis Hero de Zhang Yimou,  le wu xia pian est devenu (à quelques exceptions près, je pense notamment à Red Cliff de John Woo), l'un des genres les plus pénibles du cinéma de Hong Kong. Devenu des fresques parsemées (plus ou moins selon les films) de scènes d'action, le genre s'est standardisé pour répondre à un style à l'occidental et ainsi toucher le plus grand nombre. La plupart de ces productions étant coproduites par Hong Kong et la Chine populaire (ici Polybona Films, eurk...), ces productions mandarines ont d'abord pour but de toucher le marché mainland (et l'international après), autrement plus vaste et avec qui la colonie partage un héritage culturel commun. Devant un tel océan de fadeur, on peut en effet se demander ce qu'il reste de l'héritage des grands esthètes du wu xia pian: King Hu, Chang Cheh, Chu Yuan, Ching Siu Tung et Tsui Hark... autant de grands réalisateurs ayant su donner une patte graphique et cinématographique (notamment grâce au montage) à leurs films. Pourquoi uniformiser la production et donner au bout du compte un film formaté, calibré pour ressembler à n'importe quel film de capes et d'épées occidental? Tout le monde n'a pas le talent de Ridley Scott, et voir les wu xia pian actuels réduits à l'état de sous-sous-sous Kingdom of Heaven est bien triste. La démarche est un tel génocide créatif, qu'on ne retrouve plus guère la "Hong Kong touch" des wu xia pian qui ont pourtant fait la gloire du cinéma local. Trop d'élans épiques, de musique symphonique ont pour effet de faire des films de style hollywoodien, tentant de rendre aussi authentique que possible ce que l'on voit à l'écran. Sauf que ce n'est absolument pas ce que recherche à voir l'amateur de cinéma de Hong Kong, qu'on se le dise. Disons le tel quel, le genre est devenu chiant, sans originalité et les photographies sales et réalistes sont tout bonnement moches. Arrêtons le massacre messieurs, et rendez-nous le kitsch et la folie qui faisaient les qualités de ce cinéma.


For Whom the Jingle Bell Tolls

Dans ce paysage en proie au chaos, Jingle Ma est un peu un cavalier de l'apocalypse, venu porter le coup fatal à un genre déjà mourant. Reprenant l'histoire déjà bien connu chez nous de Mulan (merci Disney!), le réalisateur s'essaie au genre en reproduisant les clichés bien pompeux du wu xia pian moderne, mais avec toutes ces petites choses qui rendent le spectacle encore plus insupportable, à commencer par cette chère Zhao Wei. On se souvient de l'actrice pour son rôle dans Shaolin Soccer, mais en dehors de ça, elle représente véritablement l'archétype de l'actrice mainland insupportable, au jeu mélodramatique trop appuyé et au visage tête à claque. Si le personnage de Mulan est intéressant, partagé entre douceur et bravoure, entre féminité et travestissement, Zhao Wei ne parvient pas à donner au personnage toute sa crédibilité, surtout lors des scènes d'action ou les grimaces de l'actrice jouent contre elle. Mulan entretient une relation de complicité avec son ami d'enfance, incarné par Jaycee Chan. L'acteur peut se montrer plus ou moins bon selon les films, mais en jouant ici fortement sur le registre comique, il se montre finalement assez mauvais. Reste Hu Jun, qui parvient toujours à marquer les scènes dans lequelles il apparaît, grâce à sa présence et sa stature imposante. Sous ses airs de fable féministe, le film attache assez d'importance à la féminité et aux tourments qui habitent Mulan, qui respecte le devoir de piété filiale tout en s'émancipant. Jingle Ma parvient également à placer quelques élans romantiques dans son film, via le personnage incarné par Chen Kun qui flirte avec Mulan, et prouve qu'il n'est pas taillé pour le genre, comme l'avait déjà laissé entrevoir le terrible Butterfly Lovers.


Verdict:

Mulan est loin d'être une réussite et aurait mérité de rester inconnu en occident. On pourra se consoler en revoyant le film d'animation Disney, qui dégage pour sa part une certaine poésie. Côté éditorial, on remerciera FIP de rendre une fois de plus plus laid qu'il ne l'est déjà, en retouchant les écritures, donnant au tout l'effet d'un mauvais fansub. En guise de bonus, on trouvera une interview du casting de 30 minutes, un making of d'un quart d'heure et la bande-annonce du film.

http://eastasia.fr/critiques/mulan-de-jingle-ma-dvd/


Par Saru91
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Jeudi 21 juillet 2011 4 21 /07 /Juil /2011 15:49


Il devient véritablement difficile de trouver son bonheur parmi les grosses productions hongkongaises. D'un côté, nous sommes bombardés de blockbusters wu xia (co-produits par la Chine mainland), synonymes des mises en scène américanisantes bien pompeuses et sans la moindre folie. De l'autre, on trouve City Under Siege... pardon... Blast (nan mais quel titre de merde! ça mériterait un fist fucking pour toute l'équipe de FIP, l'éditeur), qui l'a bien, lui, le grain de folie, quitte à passer pour un gros nanar friqué.

Benny à block

Sacré Benny Chan, s'il y en a un qui est capable de passer du coq à l'âne cinématographique, tout en gardant sa spontanéité et sa sensibilité, c'est bien lui. Polar, triades, blockbusters, comédies,... le bonhomme sait reprendre les genres en emballant de jolies scènes d'action et en y apportant des scènes intimistes over the top sur fond de canto-pop. Il n'en fallait pas plus pour que Benny s'attaque au film de super-héros. Si ça marche à l'étranger, ça va marcher avec un casting maison, pour peu qu'on choisisse bien. Aller, on prends Aaron Kwok (ça, ça marche dans toute la Chine), on ajoute Shu Qi (pareil, mais au moins Taïwan suivra), puis une pincée de Collin Chou et Wu Jing pour les artistes martiaux (on va pas prendre les plus charismatiques quand même, faudrait pas que le film dépasse son statut de nanar), voilà la recette du succès. Comme vous pouvez le constater, on a une bonne base pour construire un produit lisse, calibré mainland (et international), qui sent bon l'adoucissant. Dans Blast (que l'éditeur veut nous faire bouffer, en allant jusqu'à retitrer le carton titre au début du film, chose qu'il ne faut JAMAIS faire!), Aaron Kwok a délaissé la chansonnette et les costumes à paillettes pour celui d'un clown. Fils d'un lanceur de couteaux qui voulait faire comme papa, il se retrouve finalement dans le rôle de la cible, victime d'un Collin Chou qui occupe le poste de ses rêves. Comme la vie est injuste ! Heureusement, la vie, c'est pas une pute jusqu'au bout. Un jour, en fouillant des laboratoires expérimentaux ayant servis aux japonais pendant la seconde guerre mondiale (on aura vu mieux que La Beuze comme référence), un gaz contamine Aaron ainsi que Collin Chou et sa bande de méchants potes. Alors qu'Aaron devient gros l'espace d'une nuit et se retrouve le lendemain avec de grands pouvoirs (les responsabilités en moins) tels qu'une vue aiguisée et des super-réflexes, Collin et sa bande se transforment en affreux mutants et en profitent pour aller braquer à droite à gauche. La suite... je ne vous fait pas un dessin, vous l'aurez comprise. A partir d'un tel pitsch, Benny Chan parvient à construire un film naif et kitsch (vive les thèmes musicaux à l'américaine, dont certaines musiques à la harpe digne d'une pub ferrero rocher), plutôt bien filmé mais qui pâti d'effets spéciaux bien cheap et de longueurs devenues caractéristiques des blockbusters chinois actuels. C'est d'autant plus dommage que l'on sent une présence du réalisateur, mais trop ous-jacente pour exploser pleinement. Parfois le temps d'une séquence flashback, le romantisme canto-popé du réalisateur se fait sentir, sans jamais vraiment s'affirmer. Le film pourrait presque être destiné à un public enfantin: c'est coloré, naïf (pour ne pas dire con), et ce ne sont pas les scènes d'action qui rendent le spectacle tellement plus violent. Benny Chan semble bridé par le budget et se forcer à livrer un produit impersonnel.

Crise d'adolescence

Vouloir faire un film de super-héros n'est pas une mauvaise idée en soit (bien que l'on sente fortement le caractère opportuniste de l'entreprise), mais le traitement réservé au sujet est tellement peu abouti que l'on ne peut s'empêcher de crier au foutage de gueule. Le scénario, non content d'être basique est en plus caricatural et sans la moindre inventivité. Benny Chan refuserait-il de grandir ? Pire: Serait-il en plein régression ? Le symptôme semble s'étendre à toute l'équipe du film ou presque, tant le spectacle semble décérébré. Aaron Kwok continue de jouer les jeunes premiers post-ado (il a 45 ans, rappelons-le). Il avait pourtant une filmographie de qualité jusque là, mais il semblerait qu'il se montre moins rigoureux sur ses choix artistiques (jouer un clown immature était-il un challenge de taille qu'il se devait de relever ?). A notre grand surprise, c'est Shu Qi qui pour une fois n'est pas cantonnée aux rôles de jeunes femmes immatures, puisqu'elle incarne une journaliste qui perd sa place au JT de 20h en faveur d'une chaire plus... fraiche! Collin Chou incarne les méchants sans motif, dont le gaz va transcender l'essence maléfique en lui pour en faire un super-méchant. Et puis Wu Jing... lui aussi aime les challenges. Il s'essaie à un rôle plus dramatique, mais au final ridicule (et en plus il se retourne quand il y a une explosion, hors tout le monde sait que "cool guys don't look at explosions"). On ressent pourtant l'influence comics dans cet univers coloré, mais cela ne ressemble hélas à rien. Même Black Mask 2 parvenait à créer un univers plus cohérent et cartoonesque avec des mutants, sans sombrer dans la niaiserie totale. Ici, les méchants sont à peine plus crédibles qu'un monstre en caoutchouc sorti d'un épisode de Buffy, sauf que le film se prends au sérieux. Et pourtant, cela aurait pu faire un fourre-tout à l'ancienne. Le film brasse action, humour, aventure, et même un moment de romance, mais jamais la folie ne fonctionne vraiment, comme c'était le cas avec les productions sans thunes de l'âge d'or, cela à cause d'une aseptisation du sujet proprement catastrophique pour le genre. Reste malgré tout quelques scènes d'action, américanisées elles aussi, mélangeants combats câblés et ralentis, mais plus énergiques que ce qu'on trouve au pays de l'oncle Sam (quand même !), mais cela ne tient malheureusement pas la route sur 1h50 (1h45 en France, merci le pal !) avec un scénario aussi maigre.

Verdict:

Entre nanar et vrai navet, le blockbuster de tonton Benny vise à côté, et pond au final un spectacle boursoufflé, ennuyeux et inintéressant. Dommage pour ceux qui veulent se réconcilier avec le réalisateur, Shaolin ne sera pas non plus le grand retour tant attendu à un cinéma plus viscéral et romantique. Rendez-nous donc le réalisateur des deux premiers A Moment of Romance !!!

http://eastasia.fr/critiques/blast-city-under-siege-de-benny-chan-dvd/


Par Saru91
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Jeudi 21 juillet 2011 4 21 /07 /Juil /2011 15:44


Un cinéma d'action à l'ancienne est-il encore possible dans la situation actuelle du cinéma de Hong Kong? C'est la question que peut poser ce Fatal Move, dont le réalisateur, Dennis Law, semble fermement croire qu'il a la capacité de donner au public des séquences fortes, comme il en pleuvait dans les séries B des années 80/90.


A True Mob Story

Il n'y a pas à dire, cela sert d'avoir des amis bien placés. Dennis Law et Charles Heung, le milieu, ils connaissent. Est-ce que je parle du milieu du cinéma ? Allez savoir, 'fin c'est pas tous les jours qu'on a un grand frère Heung pour nous permettre de réaliser le film qu'on veut. Si on lui demandait ce qu'il aime au Dennis, il répondrait: "les triades". Bah tient, ça tombe bien, il y a justement de l'argent à se faire sur le sujet. Grosso modo, l'idée à dû être lancée comme ça:

*Séquence 1: intérieur nuit. Au sauna.*

Dennis: C'était quand même bien SPL !

Charles: Roh, fais pas le con, c'était encore une pub pour ray-ban avec Donnie Yen.

Dennis: Nan nan, sérieux, ça me donne envie de faire un bon film de triades.

Charles: Ouais, enfin reste modeste, commence déjà par faire un film de triades. On connait le milieu, on en a déjà fait, faut juste un casting et de l'idée. Ou plutôt juste un casting. Tu penses à qui?

Dennis: On pourrait commencer par reprendre le casting d'SPL... Donnie, Sammo, Simon, Wu Jing, tout ça quoi!

Charles: Arrête les conneries, pas Donnie. Le reste à la limite. Puis on va appeler les amis au chômage. Danny Lee, Tien Niu, Ken Lo, Fung Hak On. Ah et aussi la bande à Johnnie To (Eddie Cheung, Maggie Siu, Lam Suet, Hui Siu Hung, Wong Wa Wo), c'est des amis ils peuvent pas refuser.

Dennis: Deal!

C'est probablement sur cette base (ou alors vraiment pas loin) qu'a du se décider l'idée de faire un polar, tout plein d'acteurs old school. L'histoire est quelconque, une sombre histoire de règlements de comptes, d'honneur et de trahison au sein des triades de Hong Kong. Le problème lorsque l'on compare Fatal Move aux vrais polars old school, c'est aussi qu'il n'en a pas la spontanéité, l'aspect bordélique assumé qui faisait au final la qualité de ces films. A titre de comparaison, on pourra dire que les polars old school (y compris certains Johnnie To actuels) s'articulent autours de séquences fortes, auxquelles vient se greffer un scénario venant rythmer le récit. Le problème, c'est que Fatal Move suit le chemin inverse. Ici, le ton est d'emblée plus sérieux, plus monotone, plus long (deux heures quand même !) et ce sont les scènes d'action qui sont mises n'importe où pour rythmer un récit peu palpitant. Du coup, l'intrigue traine en longueur, et les bastons ne parviennent même pas à contrebalancer l'ennui général. Pour se la jouer old school, Dennis Law bouffe à tous les rateliers: gunfights, kung fu, magie noire... ah non, pas magie noire (mais on y était presque). Même si elles sont lisibles, ces séquences se montrent peu inspirées (la caméra bouge, donc il y a de l'action, cqfd!), parfois très laides (sang en CGI powaaa!) et manquent véritablement d'intérêt voir parfois d'enjeux, si bien que certaines scènes sont juste sans justifications scénaristiques.


Un outrage signé Dennis Law

Faire une bonne histoire de gangster semble finalement demander plus de finesse que ne semble le laisser croire le propos. Si dans le making of de 10 minutes, Dennis Law cite Kitano, il faut cependant insister sur le fait qu'il n'a en rien le talent de ce dernier. Alors certes, pris anachroniquement, le film de Law fait penser au dernier Kitano, construisant une sorte de spirale de vengeance, mais ici envenimée par un récit souvent ridicule. A force de vouloir humaniser ses personnages, ils en deviennent parfois grotesques, à l'image du personnage de Lam Suet (complètement inutile au demeurant), qui veut scolariser son fils car lui même est un peu analphabète, ou bien encore une scène voyant Simon Yam (gambler endetté à ses heures perdues) et Sammo Hung, frères de triades, parler du passé en jouant à la marelle (?!). Evidemment, la psychologie est de mise, en témoigne la réplique suivante:
"- Tu vois quelque chose avec ces lunettes?
- Evidemment, je suis un gangster."
Tout le monde ne peut pas avoir un background à la hauteur de son charisme, et s'il y en a un qui peut se targuer de le savoir, c'est Wu Jing. Pourtant simple second couteau, il a été choisi pour figurer au premier plan de la jaquette française (son charisme serait-il vendeur?). Il faut le voir aussi: poseur, la mèche tombante, fringue cheap, portant l'épée, sorte de cliché de l'ange extérminateur qu'il jouait déjà dans SPL, mais en pire. Et parce qu'il fallait des méchants, on a Tien Niu (c'est une femme, donc une raison suffisante à HK pour justifier la vilainie) et Eddie Cheung (qui de mieux pour jouer les fourbes?). Visiblement trop occupé pour jouer dans un film de Dennis Law, le gros casting est vite mis au second plan pour se centrer sur le duo Tien Niu/Eddie Cheung. L'envie de crier à la trahison est proche.


Verdict:

Malgré des intentions de départs attachantes (raviver un genre mourant avec un casting old school), Dennis Law se vautre à tous les niveaux, oubliant de donner vie à son récit et dirigeant son spectateur dans l'indifférence la plus totale. Le bonhomme semble d'ailleurs persevérer dans cette voie, Bad Blood se montrant en tout point égal à son prédécesseur. Comprenez dès lors qu'il ne me tarde guère de voir son film de vampires avec Yuen Wah... mais comment résister à un tel pitch!

http://eastasia.fr/critiques/fatal-move/


Par Saru91
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Dimanche 3 juillet 2011 7 03 /07 /Juil /2011 22:39


Legendary Assassin pouvait susciter l'intérêt, ou au moins la curiosité de l'amateur de ciné made in HK. Voir Wu Jing, la relève du cinéma d'action local passer à la réalisation donnerait forcement une idée de la direction que prends le genre à l'heure où celui-ci ne vit clairement pas ses plus beaux instants. Hélas, un respectable action man ne fait pas forcément un bon réalisateur, et cette première réalisation en est malheureusement la preuve.


Big boulette

Parce qu'il ne serait pas correct de mettre toute la responsabilité de cet échec sur les épaules du pauvre Wu Jing, il convient de préciser que le film a été co-réalisé par Nicky "j'ai rien réalisé non plus" Li, chorégraphe à ses heures. Que raconte donc le métrage en question ? Wu Jing incarne un assassin légendaire (enfin ça, c'est ce que dit le titre, mais ce n'est pas ce qui ressort à la vision du film), qui se rend sur une petite île afin de remplir un contrat. Le hasard faisant bien les choses, des intempéries l'empêchent de repartir tout de suite, Wu Jing est donc obligé de faire profil bas au milieu des policiers et gangsters à la recherche du meurtrier. Polar psychologique ? Thriller paranoïaque ? Non et non ! Mauvais film d'action urbain (même pas urbain d'ailleurs) ? Oh que oui ! Wu Jing et son complice tentent de reconduire le succès des kung fu teintés de polar relancés par le succès des collaborations Wilson Yip/Donnie Yen. Hélas, le résultat est plus proche d'un film de Dennis Law, que d'un S.P.L. On ressentait pourtant l'envie de construire un film porté par ses personnages, qui ne soit pas juste un prétexte à faire se succéder les scènes d'action. Hélas, la bonne volonté se voit désamorcée par un scénario minimaliste et terriblement cliché, virant parfois au ridicule. L'idée de délocaliser l'action dans les îlots alentours de Hong Kong était pourtant bonne. Construit comme un huis-clos, le film aurait pu se montrer véritablement oppressant. Mais c'était oublier le manque de cohérence du scénario, passant volontiers du polar froid à des séquences d'humour lourdingue (merci Ronald Cheng !) ou des élans doux amers jouant la carte de la mélancolie, mais également des passages romantiques bien niais. Ne sachant pas quoi raconter, le récit manque de péripéties et la moitié du film semble se passer au poste de police, où les personnages prennent leur repas. Mais nous ne sommes pas chez Johnnie To, et ce genre de séquence se montre beaucoup moins réussie que chez le réalisateur de The Mission.


An Eternal Combat

Lorsqu'il ne reste que les combats à se mettre sous la dents, il vaut mieux assurer sur ce point. Or, d'emblée, un problème se pose. Le casting est loin d'impressionner. Certes Wu Jing est un artiste martial doué et le film est ici clairement un véhicule destiné à le mettre en valeur, mais celui qui voulait être le nouveau Jet Li est malheureusement loin du charisme de ce dernier, voire même d'un Donnie Yen. Peu de chance dès lors que Wu soit le nouveau porte-étendard du genre alors même que sa crédibilité est contestable en permanence. Le reste de la distribution ne parvient pas à relever le niveau à cause de personnages stéréotypés et d'un jeu d'acteur mauvais même du côté des vétérans. Tous autant qu'ils sont: les policiers menés par un Hui Siu Hung toujours aussi cabotin et secondé par le petit Alex Fong (pas "jet pack", l'autre, le "faux"), les gangsters campés par les habituels Lam Suet ou Ken Lo, ou encore la jolie mais vraiment mauvaise Celina Jade pour le quota de romance (ainsi qu'un petit rôle de Kara Hui), personne n'est à sauver. Production de la Seasonal Film de Ng See Yuen (Le jeu de la mort 2), et Paco Wong (pleins de romances pourries réalisées par Patrick Kong), Legendary Assassin se montre finalement dans la lignée des séries B opportunistes produites par le premier. Le film pourrait en effet être pris comme un petit film d'action sans prétention à l'ancienne, mais il souffre malheureusement de trop de défauts pour susciter un véritable intérêt. Les combats chorégraphiés par Nicky Li et Wong Wai Leung se montrent peu inspirés. On pense parfois à du Wilson Yip, mais en plus câblé, et finalement c'est encore à du Dennis Law que l'on a plus l'impression d'avoir à faire. Les combats sont rentre-dedans et plutôt lisibles, mais peu nombreux et finalement vite oubliés. Tout cela s'achève dans un combat sous la pluie matrixien qui nous feraient presque regretter les puddings numériques des frères Wachowsky.

Verdict:

Legendary Assassin aurait pu être un revival ponctuel des films d'action qui pullulaient dans les années 80 et 90 à Hong Kong, or il n'en est rien. Véritable ratage, il faudra attendre encore car ce n'est pas avec Wu Jing que le genre renaîtra de ses cendres. On saluera tout de même l'intention, mais au vu du résultat, il est difficile de ne pas penser que le tout est un gâchis qui aurait pu donner largement mieux pour peu qu'un véritable réalisateur et un scénariste plus efficace aient été engagés sur le film.

http://eastasia.fr/critiques/legendary-assassin-de-wu-jing-et-nicky-li-dvd/

Par Saru91
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Samedi 25 juin 2011 6 25 /06 /Juin /2011 18:11


Operation Scorpio jouissait déjà d'une petite réputation chez les amateurs de cinéma asiatique puisque HK Vidéo avait déjà édité le film à l'époque de la VHS. C'est donc tout naturellement que l'on voit revenir sur support dvd, tardivement, certes, et cette fois sous la simple bannière Metropolitan. Que reste-t-il du film, quelques années après, maintenant que le cinéma de Hong Kong s'est démocratisé et que le flot de sorties de l'éditeur commence à submerger même le consommateur le plus assidu? Let's see...


Une moisson en or

Ah, qu'elle était bonne l'époque où le cinéma de Hong Kong pouvait nous donner à boire et à manger le temps de quelques bobines, sur une durée n'excédant que très rarement l'heure et demi. A notre époque, où les "films HK" se prennent trop au sérieux, où la longueur et la cohérence engendre l'indifférence, et où le réalisme devient synonyme de fadeur, où les films sont formatés pour le marché mainland il est bon de se rappeler qu'à une époque, à Hong Kong, tout était possible: TOUT! Des super-héros voltigeant ? Possible! Des éclairages psychédéliques ? Possible! Un gang de culturistes en slip ? Possible! Operation Scorpio n'est qu'un témoignage de plus de la productivité du cinéma de Hong Kong en 1992. Il s'agit d'un film qui ressemble à la fois au tout venant des productions post-Film Workshop, mais qui témoigne également d'une folie toute personnelle, somme des différents artistes/artisans ayant oeuvré sur le projet. Il s'agit évidemment d'une production Golden Harvest (le budget se fait sentir, les têtes d'affiches sont bien là!), mais également de la Bo Ho Films Co. la boîte à Sammo Hung, d'où la générosité du film! Voir le nom de David Lai au générique n'étonne finalement qu'assez peu. Artisan capable, le bonhomme s'est montré plus d'une fois doué à l'emballage de films "à la manière de". Sa filmographie en témoigne, le réalisateur peut passer du film fantastique (Possessed), à l'heroic bloodshed (Tragic Hero), en passant par le wu xia pia fantastico-cablé workshop style (Saviour of the Soul), le film d'action cat III (Women on the Run) ou encore le fourre tout ultime (Mahjong Dragon). Le bonhomme est une sorte de caméleon, ou l'archétype même du réalisateur capable de donner au spectateur tout ce qu'il a envie de voir, de s'adapter au genre en question voire de les mêler pour offrir un cocktail bordélique mais savoureux. Capable d'imiter Tsui Hark comme John Woo, il faut chercher ici le mélange du côté des productions du barbichu, mais également des sommets des kung fu fantastiques période Encounter of the Spooky Kind. Besoin d'une étiquette ? Allez, disons... comics action live adventure comedy ? Et même dit comme ça, il en reste un petit peu dans l'assiette.


Le poing et le pinceau

Parce que même si ce n'est qu'un prétexte, il faut un pitch: A une époque un peu incertaine (bravo la direction artistique!), quelque part en début de siècle, Chin Kar Lok est un jeune étudiant rêveur qui passe son temps à griffonner des bandes dessinées alors que son père (Wu Fung) rêverait d'en faire un futur médecin. Un local puissant (Yuen Shun Yee) et son bras droit (Kim Won Jin) mènent des affaires peu reluisantes et oppressent les braves citoyens. Chin Kar Lok qui tente d'aider la gentille servante May Lo, deviendra bien vite la victime des affreux méchants. Heureusement il trouve de l'aide auprès d'un gang de culturistes menés par Frankie Chin, puis apprendra le kung fu auprès de Lau Kar Leung, ce qui lui permettra de jouer les redresseurs de torts. Comme tout bon divertissement hongkongais, il faut soit son lot d'action qui déboite, soit une bonne dose de comédie bien grasse. Ici, il s'agit clairement plus d'un film d'action que d'une comédie, même si l'humour parsème allégrement le film. Bien qu'il y ait peu de combats, ceux-ci remplissent le cahier des charges de l'époque. Entre combats câblés digne d'un manga et chorégraphies plus traditionnelles, le film trouve son style avec habileté. Peu étonnant de voir Lau Kar Leung (assurant les chorégraphies plus terre-à-terre), assisté des deux Yuen des petites fortunes (Kwai et Tak) pour s'occuper des acrobaties aériennes. Le film prend d'ailleurs une tournure de kung fu didactique à la Lau Kar Keung, où celui-ci apprend à Chin Kar Lok le kung fu au travers de la cuisine. Le sifu brille par sa présence impériale, malheureusement trop doublée lors des combats. Bien qu'il soit toujours difficile de savoir à qui décerner la paternité de certaines idées dans la mise en scène d'une séquence d'action, quitte parfois à ce que le réalisateur soit renvoyé par les chorégraphes pour prendre la pause café, on ressent tout de même une volonté de donner un souffle particulier à ces scènes, avec parfois des moments de tensions à la John Woo, au travers des jeux de regards, mais également via l'usage de ralentis.



Verdict:

Mélange d'action, de kung fu, d'humour, de drame, de romance, et même un peu de cooking movie, le tout teinté de manga, Operation Scorpio est un bon cocktail comme le cinéma de Hong Kong avait l'habitude de nous en servir abondamment. Grâce au savoir faire de ses différents artistes et techniciens, le film s'avère être un bon cru qui devrait ravir les amateurs du (des) genre(s). Bref, si vous ne jurez que par des films cérébraux qui se démarquent par une grande cohésion, passez votre chemin.

http://eastasia.fr/critiques/operation-scorpio-de-david-lai-dvd/


Par Saru91
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